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Mis à jour le mercredi 25 avril 2018 

 
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L’ESPOIR A CUIDAD BOLIVAR

 

En juillet 2001, une mission CSC-CNE, Mutualité chrétienne et MOC-Bruxelles s’est rendue à la maison des jeunes de Bogota, au cœur du bidonville de Ciudad Bolivar (voir Chou n° 24 octobre 2001). La mission s’était alors engagée à favoriser l’équipement et l’aménagement de la maison des jeunes en vue d’y développer les activités sociales et éducatives qui s’y déroulaient déjà. Quelques années plus tard, le bilan se révèle très positif…

Depuis la visite de la CSC-CNE, de la Mutualité chrétienne et du MOC de Bruxelles à Ciudad Bolivar, la collaboration entre la CGT (syndicat colombien) et la Fédération de Bruxelles de la CSC et de la CNE a porté ses fruits. La maison a ainsi largement été équipée. Le rez-de-chaussée accueille pour l’instant une grande salle de réunion. Nos amis colombiens effectuent des démarches pour l’aménager en centre de soins de santé primaire. Mais ceci nécessite encore certains travaux et l’autorisation du Secrétariat de la santé de Bogota. Le premier étage a été transformé pour accueillir une salle d’ordinateurs (avec l’appui également d’un syndicat néerlandais), un salon de coiffure, une salle de dactylographie, une bibliothèque et le bureau des permanents de la Mutualité ASMUC. Au dernier étage, une grande salle de réunion très lumineuse peut accueillir plus de 100 personnes.

La maison accueille également, depuis plusieurs mois maintenant, des formations qualifiantes en informatique, coiffure, boulangerie artisanale et manipulation d’aliments, qui ont été proposées à la population de Ciudad Bolivar. En informatique, les responsables de la maison collaborent avec des formateurs de l’Université JAVERIANA de Bogota, l’une des plus prestigieuses du pays. La formation est sanctionnée par un certificat qui porte l’en-tête de cette université, ce qui non seulement est un tremplin professionnel (plusieurs personnes ont déjà décroché un emploi grâce à celle-ci), mais représente également une reconnaissance importante pour ces personnes socialement et culturellement très défavorisées. Pour les autres formations, les responsables travaillent avec des formateurs du SENA (Servicio Nacional de Aprendizaje), le service qui gère l’enseignement technique et professionnel dans le pays.

À côté de cette activité importante en formation professionnelle, la maison continue d’accueillir une septantaine d’enfants pour des activités de loisir et d’expression. Comme le soulignait un membre de la CGT, le fait que les enfants et les jeunes s’organisent et mettent sur pied des projets est un des meilleurs remèdes au climat de violence que connaît le pays depuis plus de 50 ans.

C’est également au départ de la maison de Ciudad Bolivar que la nouvelle Mutualité ASMUC veut développer son projet de santé. À côté du projet d’ouverture d’un petit centre médical, la mutuelle souhaite ainsi organiser des activités d’information et d’éducation à la santé. Les problématiques à aborder ne manquent malheureusement pas en matière de prévention : problème des grossesses précoces, conditions déplorables de logement, accès à l’eau déficient, absence d’une gestion des déchets respectueuse de la santé (l’immense décharge publique de Bogota jouxte les premières habitations de la municipalité de Ciudad Bolivar),… Le thème de l’usage de stupéfiants a d’ailleurs déjà été abordé avec des groupes de jeunes et d’adultes.

Un travail important doit aussi être mené pour la défense du droit des habitants de cette communauté, particulièrement défavorisée, à l’accès à la santé, que prévoit la législation colombienne (voir à ce sujet l’interview ci-contre). En effet, nombreuses sont les personnes ne connaissant pas leurs droits. Beaucoup viennent de s’installer en ville. Dans les zones rurales, les structures de santé sont quasi inexistantes. La population a donc recours à une médecine issue de la tradition orale, riche de plusieurs siècles de connaissance dans l’utilisation des plantes tropicales. En ville, même cette médecine n’est plus accessible aux nouveaux arrivants. Il est donc primordial de pouvoir les guider dans le dédale des procédures administratives : passage au Secrétariat de la santé pour l’affectation à une caisse, enquête sur les revenus pour être inscrit dans le régime subsidié accessible aux plus pauvres. Il est aussi urgent de les défendre afin que l’accès aux soins soit effectif. L’accès aux médicaments essentiels est très problématique. Ce sont souvent les personnes elles-mêmes qui doivent en supporter le coût complètement.

Pour atteindre ses objectifs, il est important que la nouvelle mutuelle développe des partenariats avec les acteurs engagés dans la lutte pour l’accès à la santé. Les habitants de Ciudad Bolivar fréquentent un grand hôpital, El Tunal, situé dans la municipalité de Tunjuelito, à la limite de leur commune. Cet hôpital public moderne développe des programmes très intéressants de prévention dans leur quartier : suivi des grossesses, soins à domicile, études épidémiologiques. Le fonctionnement interne de cette institution est également intéressant car il associe étroitement les patients à la gestion de l’hôpital. Ceux-ci élisent en effet des représentants pour 6 ans dans les différentes instances de gestion de l’hôpital, des comités de gestion de tel ou tel service au conseil d’administration. Un exemple de participation dont nous pourrions peut-être nous inspirer ici. Parmi les partenaires intéressants, il y a également le Secrétariat de la santé de Bogota, qui s’est lancé dans un plan très ambitieux de développement social de la ville, le programme Bogota sin indiferencia (Bogota sans indifférence), qui se décline en plusieurs initiatives concrètes visant à lutter contre la malnutrition (Bogota sin ambre - Bogota sans faim) d’abord et pour un accès global à la santé (Salud a su hogar - Santé à la maison). Le plan tient compte de déterminants sociaux, comme le logement par exemple, et s’appuie sur la participation de la population (intégration de promoteurs de santé venant de la communauté dans les équipes de santé).

La fondation que la CGT a créée pour gérer la maison s’appelle Construyamos el futuro (Construisons le futur). C’est le message qu’elle veut lancer dans cette partie de Bogota qui en a bien besoin. La maison des jeunes de Ciudad Bolivar est un des rares îlots d’espoir dans les immenses quartiers peuplés de personnes qui ont été chassées de chez elles de manière brutale. La Colombie est, après le Darfour, le deuxième pays d’émigration interne, avec plus de 2 millions de déplacés. Le sort de ces personnes et leur drame quotidien ne suscitent que l’indifférence de la communauté internationale, et pire encore, de leurs compatriotes parfois très nantis.

Thierry Doornaert

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